Non, les végétariens ne sont pas égaux

19. 01. 2012 à 17:25

VEGnord ayant repris ses activités depuis un moment, de nouvelles questions et d’anciennes interrogations resurgissent. Et c’est une des vocations de ce blog, laissé à l’abandon trop longtemps de témoigner de ces réflexions et de participer au débat militant du « comment on fait bien ? ».

Une discussion récente avec quelques militants de l’association me permet ici d’aborder un sujet que je trouve central sur la manière de concevoir et d’organiser un événement visuel. Ces militants ont été déçus du manque d’uniformisation dans nos rangs pour la dernière action anti-fourrure samedi dernier, alors que pour moi ce message protéiforme est primordial. Je le revendique et je m’en explique.

Non nous ne sommes pas des soldats !Un groupe militant n’est pas un groupe militaire

Le premier argument qu’on m’a opposé est celui du manque de visibilité du message de par le fait que les militants y vont chacun de sa manière, chacun de son message. C’est, je crois, déjà une erreur d’appréciation. Lors d’une action, un cadre est posé, par l’association, par la raison d’être de l’événement. Par exemple, pour une Journée Sans Fourrure, qui plus est organisée par une association qui fait la promotion du végétarisme, le cadre de communication est tout sauf flou : nous sommes là pour combattre l’exploitation des animaux par l’homme. Illustrée ici par un exemple précis : l’industrie de la fourrure.

Ensuite le cadre se restreint encore quand nous choisissons la forme de communication visuelle pour laquelle nous opterons. Cette fois-ci par exemple, nous avons choisi un défilé de mode militant et pittoresque. Lors de la réunion préalable, nous avons discuté quelques propositions apportées par les personnes présentes, puis d’autres idées ont germé dans la semaine. A la suite de cette réunion, un compte-rendu pour ceux qui n’ont pu venir a été dressé, et par là-même le cadre de l’action a été établi, sans qu’il ne soit jamais transgressé pendant le défilé.

A ceux qui ont regretté davantage de discipline, de concertation et au final d’uniformisation dans le déroulement du défilé ou de n’importe quelle action visuelle, je leur dirais qu’ils font fausse route, nous ne sommes pas ici pour « vendre un produit fini », le défilé,  mais pour mettre en avant des opinions subjectives, la voix d’hommes et de femmes face aux opinions d’autres hommes et femmes.

Chaque militant a quelque chose à exprimer

Et gérer ces hommes et ces femmes qui militent au sein d’une association est une tâche délicate. Chacun vient dans ce combat pour une raison qui lui est propre, une expérience personnelle, après avoir regardé une vidéo sur internet, à la suite d’une rencontre, etc. Et ces personnes sont là pour parler d’eux, de leur expérience, et ce serait extrêmement dommage de ne pas leur laisser voix au chapitre, de ne pas permettre à l’association d’être un lieu d’échanges multiples et parfois opposés. C’est pourquoi je vois une action qui place les militants au milieu du public comme un moyen pour chacune de ces individualités de s’exprimer dans le cadre contextuel de la journée.

Autant mon inclination personnelle que la pratique au quotidien de la gestion d’une association me confortent dans l’idée que VEGnord doit être un lieu d’expression des personnes avant tout. Si nous sommes trop dirigistes, on risque de perdre cette liberté de paroles et certainement des activistes en cours de route, parmi les plus importants pour le bon déroulement et la bonne cohésion du groupe. D’autant plus que VEGnord se veut une association locale, le lien social est réel. Si on axait davantage sur la discipline j’ai bien peur qu’on ne perde notre âme, et par la mise sous silence progressive de la voix des militants que l’on ne perde l’originalité et l’inventivité dont nous sommes coutumier.

Et j’ai bien peur que nous perdrions notre principale force, la convivialité. Tant en interne que dans notre rapport au public. Je crois vraiment que le plaisir et le sourire sont nos meilleures armes dans la parole que nous adressons au public, et qu’organiser des actions trop structurées, trop dirigées, nous feraient perdre cette part d’improvisation et de subjectivité qui nous rendent séduisants auprès des passants.

Des humains séduisent d’autres humains

Le public auquel on s’adresse lors d’une action visuelle est constitué d’êtres humains plus ou moins sensibilisés à la cause que nous défendons ce jour là (par exemple la fourrure) et souvent moins que plus concernés par notre combat en filigrane (contre l’exploitation de tout être sensible). C’est souvent par un sourire moqueur que nous sommes accueillis, par des gens qui n’ont pas encore pris le temps de réfléchir aux sujets que nous leur mettons en face arbitrairement. Je pense que leur imposer la réalité d’un seul coup, leur montrer ce qu’est vraiment un élevage d’animaux pour la fourrure, ce qui se cache derrière les murs d’un abattoir, n’est pas notre rôle. Cette violence, cette prise de conscience, doit être intime, l’homme a besoin de dissimuler ses émotions, d’autant plus quand elles sont fortes. Il sera toujours bien temps pour lui, un jour de connaître ce déclic qui lui fera réduire sa consommation de viande, voire d’y renoncer. Notre rôle est de l’informer oui, pas de montrer. Notre rôle est de le tenir par la main pour l’aider à se battre contre les conditionnements dont on l’a gavé à ras bord depuis l’enfance. Notre rôle n’est pas de le juger, mais de l’écouter et de lui parler, avec la compassion de celui qui a vécu ce qu’il a vécu, qui a eu les idées qu’il a aujourd’hui, et qui un jour a connu ce déclic.

Un humain parle à un autre humain. Cette dimension me semble fondamentale dans l’action vers le public. Et je crois, encore une fois, qu’une action visuelle trop structurée, trop scénographiée, empêche à ceux qui y participent d’y placer un peu d’eux mêmes. C’est cette petite émanation d’individualité qui interpelle le passant. Il ne s’arrête pas parce qu’il est en présence d’un chef d’œuvre parfait, un spectacle sans rugosité, mais au contraire parce qu’il se reconnaît dans un des participants, parce qu’un message a trouvé résonance en lui. C’est ainsi qu’on l’attire vers nous, c’est ainsi qu’on le séduit, et qu’enfin la communication peut s’établir.

Vous aurez compris de vous-mêmes que je m’oppose de plus en plus à des actions violentes ou culpabilisantes. En tous cas pour celles qui ont un objectif immédiat, quand on est en contact immédiat avec le public.  Une action de plus grande envergure dont le but est d’être relayée par les grands médias peut se permettre d’autres manières de fonctionner. Pour la raison justement que le public en prendra connaissance indirectement (dans un magazine, à la télévision, donc déjà relayé et interprété par un journaliste) et de manière intime (on est seul quand on lit, notre regard est concentré sur l’écran quand il s’agit d’un sujet télévisé). Il y a donc ici par nature une distance qui autorise des actes plus bruts, je pense par exemple à cette manifestation silencieuse qui a eu lieu plusieurs fois en Espagne et en France où des centaines de militants se regroupent sur une place, un cadavre d’animal dans les mains.

Mais VEGnord n’en est pas là, et c’est bien le public de rue, le public immédiat que nous visons par notre action locale. Et personne n’a rien trouvé de mieux que la séduction, le plaisir et l’humour pour accoster des inconnus.

Voilà j’en ai fini pour ce petit laïus, je reprendrai le fil de ma réflexion régulièrement, en espérant qu’elle peut être utile à la communauté qui agit pour le droit des animaux.

Poisson d’avril

20. 04. 2010 à 00:03

Trois jours avant le premier avril, il n’a pas pu s’empêcher de mourir. Pourtant, il le savait que je ne mangeais pas de poisson. Et radin comme il est, il s’est empressé de disparaître un mois avant mon anniversaire, une belle occasion de se défaire de l’obligation du cadeau. Un devoir, disons le, ce n’est pas un secret, dont il ne s’est pas acquitté depuis de nombreuses années. C’est avec l’émotion naïve de la nostalgie enfantine que je me souviens du vaisseau spatial playmobil qu’il m’a envoyé par les airs, il y a maintenant près de vingt cinq ans. Comme le temps passe. Il est bien possible que cet objet soit le dernier présent qu’il m’ait fait.

 

Cet homme dont je ne sais encore rien ou si peu. Cet homme qui a passé sa vie à vivre à toute vitesse et à mourir plusieurs fois. Des femmes, il en a eu par dizaines, souvent en simultané, son agenda devait avoir l’allure de celui d’un ministre. Il a commencé à fumer à dix ans, et a abandonné la clope une quarantaine d’années plus tard, suite à un infarctus qui a failli lui coûter la vie. Et quand je dis fumer, c’était trois paquets de gitanes par jour, comment voulez-vous qu’il s’en sorte ? D’ailleurs, je me souviendrai toujours de sa réponse quand je lui ai demandé pourquoi il fumait. « C’est une manière de se consumer à petit feu ». Une phrase qui a fait bondir mon psy de l’époque. Mais chacun sait que le psy est un animal bondissant.

 

Cela n’était pas suffisant, cet étrange énergumène a rapidement décidé de plonger dans l’alcool – et comme il n’aimait pas ce qui est lent, il a opté immédiatement pour l’alcoolisme – à vingt ans, ne reposant la bouteille qu’à la découverte de son cancer, quelque six mois avant sa mort. Bon courage à tous nos amis insectes qui se nourrissent actuellement de ce cadavre imprégné de plus de cinquante ans de whisky quotidien.

 

Cet homme voulait tout faire tout de suite. Issu d’une famille pauvre, il s’est pris en charge très jeune. Quand je dis jeune c’est avant même d’avoir eu 10 ans. Quand est venu l’âge adulte, ou presque, il part vivre l’aventure en Europe avec un pote, en autostop, visitant les capitales et surtout les belles Européennes. A son retour, il tente des études de droit en France, lui qui n’avait jamais suivi aucune école. Il se plante, mais rencontre sa première femme. Onze ans de vie commune. Il la ramène vite au Maroc, sa patrie d’origine, c’est presque une belle histoire d’amour. Si l’on oublie les tromperies et ses sautes d’humeur, son caractère autoritaire et ses certitudes inébranlables de méditerranéen pure souche.

 

Il mène une existence de plus en plus aisée, ses connaissances apprises sur le tard et son culot sans limite font de lui un entrepreneur plutôt efficace. Il lance une compagnie d’assurances et monte diverses boites en rapport avec le bâtiment. C’est l’âge d’or; l’argent coule à flots. Et on peut lui reprocher beaucoup de choses à cet homme, mais cet argent il l’a partagé sans broncher avec une bonne partie de sa grande famille. De sa mère dont il a payé l’appartement et le chauffeur jusqu’à sa mort. De l’argent, il en a prêté à ses sept frères et soeurs quand ils en avaient besoin. Il a même payé une sorte de pension alimentaire à la première mère officielle de son premier enfant officiel, alors qu’il n’y a aucune obligation de la sorte au Maroc.

 

Le plus étonnant à mes yeux chez ce petit homme, c’est l’énergie absolue qu’il a toujours dépensé à devenir quelqu’un. Loin d’être un parvenu, il était de ceux qui veulent réussir. Il ne laisse pas un problème sans solution, ce n’est pas la politique de la maison. Et il est véritablement devenu quelqu’un, avalant à grosses gorgées des marmites pleines de culture, il a dévoré les littératures occidentales, devenant lui même un fin lettré. C’est une énigme pour laquelle je n’aurais certainement jamais aucune clé : comment ce petit gamin des rues, maigre et sale, est devenu un personnage responsable et puissant. L’énergie qu’il a dépensé est celle d’un surhomme, et malheureusement pour lui le prix à payer a été particulièrement onéreux.

 

Comme vous l’aurez peut être compris, en plus de sa dépendance à l’alcool et à la clope, son penchant pour le sexe féminin ne connaissait pas vraiment de limite. Pour commencer, il s’est marié la modique somme de six fois. Chaque épouse, je n’en doute pas, a été trompé à plusieurs reprises. Des preuves existent dans les personnes d’au moins deux filles conçues hors mariage, dont on ne sait même pas si elles ont été reconnues. La loi marocaine, l’Islam dans toute sa splendeur, autorise le mari à répudier sans motif son épouse, et il ne s’en est pas privé ce playboy aux poches remplies.

 

Mais tous les plus beaux rêves ont une fin. Son associé s’est tué dans un accident de voiture, il a revendu ses entreprises, il a décidé que le mariage, il en était revenu, et que ça suffisait maintenant. Il a recentré son attention sur ses copines, coups d’un soir ou plus long. Ce qui entraine des situations cocasses dont celle-ci que j’aime à rapporter. Un jour l’une d’entre elles appelle, et laisse comme message un simple « tu diras que sa copine a appelé ». Va dire ça au Casanova de Casablanca ! J’ai été à moitié incendié parce que je n’ai pas pensé à demander son identité, innocent que j’étais.

 

Les années ont passé, l’argent s’est fait plus rare, les premiers problèmes de santé ont commencé à se manifester, il s’est davantage réfugié dans l’alcool. On ne peut pas dire qu’il n’ait jamais eu un rapport très cordial avec ses enfants, à chaque répudiation les enfants sont restés avec leur mère pour le grand confort de leur père. Durant ces années de déchéance, de la distance a encore été posée entre lui et ses deux enfants officiels. Un garçon et une fille. Un éloignement qu’il a certainement beaucoup regretté. Mais qu’il a, je l’espère pour lui, pu réparer en partie dans ses derniers instants, car sa fille s’est occupée de lui jusqu’à la fin, malgré le caractère abominable de son père.

 

Cet homme dont je ne connais pas grand chose, qui pourtant m’appelait quasiment tous les dimanches depuis près de 30 ans, cet homme qui mangeait du porc, buvait de l’alcool jusqu’à l’ivresse deux fois par jour, cet homme qui aimait dessiner et peindre des femmes nues, créatures d’Allah, ce marocain qui n’a jamais respecté le Coran dans un pays où la religion est une affaire d’état, cet individu qui n’aurait jamais du être le modèle de personne, cet homme pour qui la relation d’un père à son fils se résume à transmettre les notions de courage, de volonté et d’honneur, ce père était le mien. Voilà un bon départ dans une vie. Il est mort à 65 ans, aigri et isolé de tous. Voilà plus de dix ans que je ne l’avais pas vu. Seules ma soeur et sa soeur auront été présentes jusqu’à son dernier souffle, patientes et courageuses, je leur offre mon amour éternel pour cela.

 

Cet homme, a-t-il jamais su dire : « je t’aime » ?

La naissance est un vilain défaut

07. 04. 2010 à 15:11

La nature est la pire usine spéciste. C’est à la chaîne qu’elle éteint des espèces, place tout en haut les prédateurs, les autres ne servant qu’à les nourrir. L’homme n’a rien inventé, la discrimination existait bien avant lui. Pis, elle bâtit des frontières infranchissables entre les espèces. Et moi, si je voulais mettre au monde un chien ? Et je passe sur cette aberration sexiste qui empêche la moitié des individus à accéder aux joies de la procréation !

 

Et c’est à cette grande cruelle que l’on désire se conformer ? « Avoir des enfants, c’est normal, c’est naturel ». Un jour, il faudra m’expliquer ce qu’on cache derrière le vocable naturel, ca m’a toujours dépassé. Tout ce qui existe n’est-il pas naturel ? Dans ce cas le meurtre et l’inceste sont aussi des faits naturels, non ? Et pourtant il reste toujours une masse grouillante qui veut faire comme papa maman : fabriquer un bébé.

 

Comment on fait les bébés ?

 

Je ne suis pas expert en la matière, il y a des bouquins pour cela, je vous invite à les consulter.

 

Pourquoi on fait des bébés ?

 

Pour de mauvaises raisons, n’en démordons pas. Je vous épargne la sempiternelle question de la surpopulation humaine dont tout le monde s’inquiète et à laquelle chacun reporte la responsabilité sur le voisin. Passons…

 

Toute notre vie, on nous bassine des avantages de notre conscience supérieure d’être humain. On sait qu’on va mourir ! Paraît que ca nous rend plus forts que tous les animaux réunis ; moi ca me fait juste flipper. Pourquoi mettre au monde, dans des conditions aussi insalubres, de nouveaux êtres vivants ? Par compassion pour les vers qui finiront par s’en nourrir ? Et comment reprocher à ces futurs cadavres une légitime rancœur – fonds de commerce des psy-machins – envers des parents qui les ont jeté dans une existence bourrée de souffrances et d’injustices ? Si un scientifique éleve des souris pour les enfermer dans une cage qu’il inonde petit à petit, on trouve cela affreux, pourtant on continue à engendrer à tout va.

 

Et il est encore loin le temps où on aura la politesse de demander au charmant bambin s’il désire exister, au lieu de quoi on l’enferme dans le noir pendant neuf mois avant de l’arracher violemment de la tanière où il avait ses habitudes pour le balancer dans une lumière aveuglante et dans un vacarme assourdissant. Ca vous étonne qu’un bébé commence sa vie en pleurant ?