troOn, créateur internet à Lille
Le véritable créateur de sites internet
depuis l'An 2000
Jeudi Veggie La campagne Jeudi Veggie, animée par l’Association végétarienne de France et L214, encourage à manger végétarien un jour par semaine. J’ai réalisé la (...)
- La plus petite galerie du monde (OU PRESQUE) Depuis octobre 1995, la plus petite galerie du monde (OU PRESQUE) est une galerie d’art à Roubaix pas tout à fait comme les autres. Le principe : (...)
Mazurié artiste plasticienne Un site riche en couleurs pour une artiste bretonne qui monte. J’ai réalisé la charte graphique en m’inspirant de son oeuvre, des teintes vives en (...)
Ales2013 Un site événementiel commandé par le CRAC Europe pour la grande manifestation anticorrida qu’il organise au mois de mai. Je me suis chargé de toute (...)
France Moyen-Orient L’actualité économique du Moyen Orient en français, c’est ce que propose ce site internet qui est alimenté régulièrement depuis plus de dix ans et qui (...)
FLAC | Fédération des Luttes pour l’Abolition des Corridas Je m’occupe du site de la "Fédératon des Luttes pour l’Abolition des Corridas", un wordpress, sur lequel je suis en charge de la maintenance (...)
Ambassade des Pigeons Un site internet en pages statiques que j’ai récupéré dans un état calamiteux, j’ai nettoyé le code, réorganisé les contenus, simplifié la mise en page. (...)
David Allemand, Photographe de nature Abandonné par son ancien webmestre, impuissant face à sa page web infestée par un malware qui y avait établi son nid, David Allemand m’a trouvé grâce (...)
Le camion végétarien Conception graphique et technique du site de Bruno, végétalien itinérant, qui propose ses services de traiteur partout en France, faisant découvrir (...)
Roumics Rencontres OUvertes du Multimédia et de l’Internet Citoyen et Solidaire
Accueil > La foire du troOn >  Les hommes souffrent aussi
  • Taille normale
  • Taille moyenne
  • Grande taille
  • Imprimer le texte
  • Partager sur Facebook
  • Partager sur twitter
  • Recommander cet article
    Recommander cette page

Les hommes souffrent aussi

31 janvier 2008

ou le récit épique mais tellement ordinaire d’un troOn qui fait ses courses

C’est dans les rues et dans tous ces endroits publics bourrés d’humains qu’on le retrouve souvent, ces prototypes de la misère humaine, ils aiment sentir la proximité de leurs semblables, une manière pour eux de recevoir chaleur et complicité. Leurs semblables ? Merde, je fais partie de cette masse beuglante. Impossible de m’en défaire, le pire snobisme n’y ferait rien, je suis biologiquement menotté.

Démarrons tranquillement, une jeune femme qui hèle son petit copain qui s’agite à une bonne centaine de mètres de là. C’est par de tendres apostrophes qu’elle le somme « de ramener son cul tout de suite » et de ne pas s’engager dans le métro où il risque de se « faire buter, c’est trop dangereux ». Avec moi au milieu, et des dizaines de badauds alentour, le nez prêt à plonger à la première éruption de sang à venir. Malheureusement on ne saura jamais la suite, parce qu’un événement inattendu a volé la vedette à nos deux héros : mes pieds ont continué à me porter vers l’avant, mes yeux impuissants ne pouvaient plus que pleurer, la scène du crime s’éloignait inexorablement. De dépit, mes yeux se sont tournés de l’autre côté.

Une camionnette siglée AIDA. Une faune éclectique vautrée autour. AIDA, les initiales sont expliquées à côté – Accueil et information pour les demandeurs d’asile – elles expliquent du même coup cet attroupement bigarré de mangeurs de sandwiches. Du poil mal rasé, du haillon dépenaillé, des couleurs criardes, du sourire tordu, du visage brisé, du regard en loques. Une horde d’humains dépassés par la vie, seuls au monde mais réunis cinq minutes dans une parodie de repas. Et dans les sandwiches ? Je l’ignore, mais sûrement du jambon, sûrement du fromage, sûrement de la misère animale. Alimenter l’angoisse humaine par la souffrance animale, est-ce vraiment la meilleure solution ?

Mes yeux s’arrêtent quelques secondes sur le couple incongru formé par deux touffes blanches abimées par la vie, deux hommes, la cinquantaine, deux visages à la peau fripée, le cheveu et la barbe drus, aux dents clairsemées. Assis comme ils peuvent sur la base d’un poteau, l’un près de l’autre, ils sourient et rient franchement en plantant leurs crocs dans le pain et la chair.

Vous m’excuserez de ne pas appesantir sur ce sujet idyllique, mais j’ai d’autres chats à fouetter, des légumes à acheter à Carrefour.

Plus qu’une cinquantaine de mètres.

Et c’est un banc à proximité de la bouche du métro qui attire maintenant mon attention. Une meute de jeunes énergumènes au verbe coloré et à l’intonation rugueuse s’amusent à commenter vivement un troupeau de gazelles aux fesses rebondies et aux appâts clignotant, les compliments fusent en surenchères.

Je me précipite à tout va vers l’entrée de la galerie marchande, le monde extérieur commence à être trop oppressant pour moi.

Aaaaah ! Carrefour ! Ses étalages à perte de vue, ses cadavres sous cellophane ses fiers poissons exposés sur leur nid de glace, et le rayon charcuterie quel bonheur !

Heureusement, ces rayons ne croisent pas mon chemin. En revanche une multitude d’humains de toutes sortes, de toutes formes, de toutes couleurs et de tous sexes, si. Un homme erre parmi les rayons, à la recherche de la seule chose qu’un magasin ne voudra jamais lui vendre. De l’écoute, de l’amour, du réconfort. Les vendeurs et les caissiers accepteront de monnayer quelques mots le jour où il reviendra avec quelques sous en poche, c’est la loi ici. Pour l’instant, il se contente de débattre seul sur la cruauté de l’existence, marmonnant des propos incompréhensibles.

Un couple, deux visages au regard vain, l’homme devant, la femme courant derrière, lui le port altier et l’habit sale, elle proprement manucurée, les talons haut, le maquillage outrancier et les chairs flasques. Car elle veut en jeter, ressembler à toutes ces filles que son coquin de mari aime à regarder dans les magazines calibrés pour lui. Deux amants ordinaires pour qui l’amour ne signifie rien d’autre que l’oubli fugitif de la peur de vivre seuls.

Je parcours rapidement les étalages, cueillant de ci de là ces quelques légumes emprisonnés dans leurs conserves qui n’attendaient que moi puis je rejoins la foule inerte de la queue en caisse. Chacun cherchant à s’éviter impeccablement du regard, moi les détaillant tous.

Un nouveau couple à la caisse, accompagné de leur enfant. La femme rien de plus banal, l’homme au cou de rugbyman, l’homme viril, celui auprès de qui on ne vient pas chercher des noises, solide comme un roc, mais l’oeil du boeuf paisible. La bêtise rédigée en toutes lettres dans le blanc de ses yeux. Et le garçon, désarçonné devant tant de vacuité, après s’être débattu de longues années afin de se donner un semblant d’existence pour ces deux silhouettes floues, a fini par leur ressembler, à rejoindre le troupeau paissant. La cicatrice à l’arcade, brillante et nouvelle, est là pour rappeler qu’il est prêt à tout pour rappeler à son papa qu’il a un fils. Pour lui dire « regarde papa moi aussi quand je serais grand j’aurais un cou de taureau, moi aussi je serais un homme un vrai ».

Retour à l’extérieur, retour devant la meute hurlante posée sur le banc, les rangs se sont éclaircis, l’obscurité s’est abattue, les cris se sont tus, les gazelles sont rentrées au bercail. Les derniers rescapés devisent calmement de leurs désirs enfouis, de ces rêves qui les font tant vibrer. Pressé de rentrer chez moi, je ne parviens qu’à voler que quelques bribes, je crois qu’ils n’ont qu’un idéal, franchir la route et atteindre le trottoir d’en face.

Quelques dizaines de pas plus loin, c’est un ivrogne seul au monde, le poing dressé, le corps ratatiné, qui s’élève vertement contre la société du profit, qui hurle sa haine. Il a certainement une idée très précise de ce qu’il a à dire, moi pas. Tout le monde le croise, certains le sourire aux lèvres, d’autres préfèrent regarder ailleurs.

Puis d’un coup l’obscurité le dévore.

Finalement, c’est devant l’opéra de Lille, qu’un sourire viendra enfin éclairer cette promenade pour le moins sordide. Une jeune fille me demandera du feu. Pourquoi ? Pour allumer sa cigarette et encrasser encore un peu plus ses poumons.

Quelle belle soirée pour les hommes et pour les animaux !

Deux souffrances, l’une visible au grand jour, l’autre cachée dans des entrepôts noirs, pourtant si proches, pourquoi toujours les dissocier ?


Réagissez

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->adresse lien] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.